Home La fondation
Fondation de Sainte-Cécile PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Mercredi, 24 Février 2010 14:28

Un second monastère à Solesmes

Solesmes

Le 8 octobre 1866, l’évêque du Mans, Monseigneur Charles Fillion, venait à Solesmes bénir la première pierre d’un monastère de moniales qui devait s’élever sur un coteau des bords de la Sarthe, non loin de l’abbaye Saint-Pierre où la vie monastique avait été restaurée par dom  Guéranger en 1833.

 

Sainte-Cécile en 1871 

 

 

 

 

Erigé en abbaye en 1837, ce monastère était la tête de la Congrégation bénédictine de France, actuellement Congrégation de Solesmes.

Trente années de labeurs au service de l’Église et de sa liturgie, d’épreuves et d’obstacles sans nombre avaient usé dom Guéranger qui résista longtemps aux instances qui lui étaient faites d’entreprendre une fondation pour des moniales. Mais en ce mois d’octobre 1866, ayant compris que l’œuvre était vraiment voulue de Dieu, il se donnait tout entier à sa nouvelle tâche.

Formation d’une petite fille

Cependant il faut remonter dans le temps pour connaître l’origine de cette fondation monastique. Ayant été malade au moment de la cérémonie de première communion dans sa paroisse parisienne, une enfant de onze ans, Jenny Bruyère, la faisait à Sablé le 28 mai 1857. Dom Guéranger avait accepté de l’aider à s’y préparer. Ainsi commença une relation spirituelle qui devait croître et mûrir sous l’effet de la grâce. A leur insu et malgré la différence des générations, une œuvre Commune commençait à s’élaborer.

  

L’abbé de Solesmes avait un charisme de père spirituel qui suscitait, encourageait, exigeait, tout en respectant le cheminement de ceux qui s’adressaient à lui. Discernant chez Jenny une grande richesse humaine et une vie intérieure profonde, il guida patiemment la croissance des semences divines déposées dans le cœur de la jeune fille jusqu’à leur pleine maturation. Malgré un naturel farouche et indépendant, elle sut correspondre à la grâce divine avec générosité, confiance et entière loyauté. Lors de sa confirmation, elle choisit le nom de Cécile en raison de sa grande dévotion envers la martyre romaine, si chère aussi à dom Guéranger.

Cheminement d’une vocation

Un jour, Cécile confia à son père spirituel que depuis sa petite enfance elle entendait en son cœur un appel de Dieu à lui appartenir dans toutes ses forces de vivre et d’aimer. Connaissant sa maturité précoce, le père abbé lui permit, après un an de probation, d’émettre le vœu de virginité  l e jour de ses seize ans, le 12 octobre 1861

 

 Jenny Bruyère à l'age de 17 ans

 Mais cette consécration vécue en plein monde ne comblait pas encore le désir de Cécile. En lisant les œuvres de sainte Gertrude, traduites à son intention par dom Guéranger, elle comprit que c’était à la vie bénédictine qu’elle aspirait et sa mère, Madame Bruyère, osa demander à l’abbé de Solesmes s’il ne songeait pas à faire pour les moniales ce qu’il avait réalisé pour les moines. Dom Guéranger écarta la suggestion comme un « château en Espagne »… Devant l’insistance de la mère et de la fille toutefois, il restait perplexe et cherchait la lumière.

Dieu le veut…

C'est alors que les signes de Dieu manifestèrent quelque chose du plan divin : des jeunes filles de la région de Sablé, dont certaines étaient connues de Cécile, exprimèrent le même attrait pour la vie bénédictine. D’autres, de Marseille, vivant déjà la virginité consacrée à Dieu dans le monde, s’ouvrirent à dom Guéranger de leur profond désir d’une vie monastique centrée sur la liturgie et la doctrine.

 

 

Mgr Fillkion

 

 

Enfin, en 1862, Monseigneur Fillion, évêque de Saint-Claude, mais issu du clergé manceau, était promu au siège épiscopal de son diocèse d’origine. Un tel évêque, ami de longue date du père abbé, loin de soulever des difficultés, serait un appui exceptionnel pour une fondation monastique.

 

 

 

 

 

 

Dom CouturierCependant, pour écarter définitivement un projet qu’il redoutait, dom Guéranger eut l’idée de consulter son prieur, moine exemplaire et prudent à l’excès, qui connaissait mieux que d’autres ce qui pesait déjà sur les épaules de son abbé.Or, au grand étonnement de ce dernier, dom Couturier lui répondit avec assurance que ce serait là peut-être la consolation de ses vieux jours... Désormais, dom Guéranger n’hésita plus, il alla de l’avant malgré les oppositions ou les obstacles qui signent toujours, à leur manière, les œuvres de Dieu.

 

 

 

 

 

Édification du monastère

PlanLe fondateur voulut que les futures moniales aient le plus rapidement possible un monastère complet incluant tous ses lieux réguliers, afin de pouvoir les initier lui-même au véritable esprit monastique et à une entière observance ; il sentait en effet que le temps lui était compté. C’est ainsi qu’en cet automne 1866, le chantier du monastère de Sainte-Cécile fut ouvert ; et pendant que se bâtissait l’édifice matériel, les premières postulantes se réunissaient dès le 16 novembre dans une maison du bourg pour inaugurer leur vie conventuelle. Ces candidates, remarquait plus tard mère Cécile, n’apportaient que leur bonne volonté, une totale souplesse et une confiance illimitée envers le père abbé. Celui-ci, en retour, exigeait d’elles une attention intelligente à tous les détails de leur vie, poursuivant la moindre trace de routine ou de conformisme. Les moniales devaient consacrer à Dieu aussi bien leur intelligence que leur cœur.

 

 

 

 

 

 

Vêture et premières professions

Vêture 

 

Le 13 août 1867, les postulantes s’installèrent dans le monastère définitif qui était encore un vaste chantier et, le lendemain, le père abbé donnait l’habit monastique aux sept premières novices. Tout en poursuivant leur formation, dom Guéranger composait pour elles et avec elles les Déclarations selon lesquelles elles auraient à vivre concrètement la Règle de saint Benoît. Celle-ci, en effet, laisse beaucoup de place à l’initiative de l’abbé et demande à être précisée selon les circonstances de lieu et de temps.

 

 

 

 

 

ProfessionLe 15 août 1868, les premières moniales de Sainte-Cécile émettaient leurs vœux perpétuels et recevaient la consécration des vierges. Le jour suivant, elles élisaient régulièrement leur première prieure, mère Cécile Bruyère. dom Guéranger continuait à veiller sur la petite communauté et sur sa jeune prieure, derrière laquelle il s’effaçait progressivement afin de l’habituer au gouvernement.

 

 

 

Une abbesse pour Sainte-Cécile

 

Mère CécileLe Concile du Vatican, ouvert le 8 décembre 1869, fut pour le père abbé l’occasion de développer chez les moniales le sens catholique qu’il avait voulu leur communiquer dès le début, leur demandant de « mettre au-dessus de tout leur beau titre de filles de l’église catholique. » La santé de l’abbé de Solesmes ne lui permit pas de se rendre à la convocation du Concile comme l’aurait désiré Pie IX, mais ses travaux historiques et théologiques jouèrent un rôle décisif dans les débats sur l’infaillibilité pontificale.

Monseigneur Fillion, qui participait au Concile eut la pensée de demander au Saint-Père de bien vouloir manifester sa bienveillance envers dom Guéranger en confirmant de son autorité suprême l’œuvre accomplie à Sainte-Cécile. C’est ainsi que l’évêque du Mans obtint la permission de conférer la bénédiction abbatiale à la prieure de vingt-quatre ans, pour un monastère qui n’était pas même encore élevé au rang d’abbaye ! La guerre et l’invasion de la France ne permirent pas de profiter aussitôt de la faveur pontificale mais l’année suivante, le 14 juillet 1871, anniversaire de son audience avec Pie IX, Monseigneur Fillion venait donner la bénédiction abbatiale à mère Cécile Bruyère. Quelques mois plus tard, le 12 octobre, il consacrait l’église sous le titre de Sainte-Cécile.

 

Sainte Cécile

 

 

 

 

 

 

En mettant les moniales sous la protection de sainte Cécile, dom Guéranger les établissaient dans une étroite relation avec l’Église romaine et la chaire de Pierre, au service desquelles lui-même avait dépensé ses forces ; il attestait ainsi qu’un lien vital unit les moniales bénédictines aux premières générations chrétiennes et spécialement à Cécile, cette jeune martyre qui s’entretenait sans cesse avec Dieu, n’interrompant sa prière ni le jour ni la nuit.

Héritière du fondateur

Grâce à la sagesse et à l’expérience du premier abbé de Solesmes auxquelles avait répondu la docilité confiante des moniales, la petite communauté de Sainte-Cécile avait déjà les allures d’un monastère antique, tout en gardant la fraîcheur des commencements ; Dieu, qui savait que son enfance serait brève, l’avait fait croître rapidement. En juillet 1874, Monseigneur Fillion était emporté prématurément à l’âge de cinquante-huit ans. Et six mois plus tard, le 30 janvier 1875, c’était dom Guéranger qui s’éteignait après une vie donnée au service de Dieu et de l’Église, ayant légué à sa fille spirituelle le meilleur de lui-même.

 Mère Cécile Bruyère qui n’avait pas trente ans devait désormais gouverner seule son monastère.

Le second abbé de Solesmes, dom Couturier, lui offrirait tout son dévouement mais, conscient de trouver en elle l’esprit du restaurateur de Solesmes, il lui demanderait aussi la lumière de ses conseils.

Haut de page


Mise à jour le Jeudi, 08 Avril 2010 08:34
 

Valid XHTML and CSS.