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Homélie du Révérend Père Abbé Dom Philippe Dupont Imprimer Envoyer

 

Homélie de dom Philippe Dupont, Abbé de Saint-Pierre de Solesmes

Ste Gertrude, 16 novembre 2016

150ème anniversaire de la fondation de Sainte-Cécile

 

« Soyez enracinés, fondés dans l'amour… vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance ».

 

Une seule chose compte dans la vie chrétienne, a fortiori dans notre vie monastique, l’amour, l’amour que Dieu nous porte et l’amour que nous devons éprouver pour Dieu et pour notre prochain. De ce double amour, sainte Gertrude est, pour nous, un témoin privilégié. Dom Guéranger n’a pas choisi fortuitement sa fête, sans attendre celle de sa chère sainte Cécile, pour conduire en clôture les jeunes filles qu’il avait sagement préparées, transmettant en particulier à Mère Cécile son admiration et sa dévotion pour sainte Gertrude ; le premier office célébré par la nouvelle communauté fut celui des premières vêpres de sainte Gertrude, fêtée alors le 17 novembre ; et la première messe conventuelle dans le nouveau monastère, l’année suivante, fut également celle de cette grande sainte. Demandons-lui de nous aider à entrer dans le mystère insondable de l’amour.

 

A

 

Un jour, le Seigneur a fait savoir à sainte Mechtilde que, si elle voulait le trouver, il lui fallait le chercher dans le cœur de sainte Gertrude. En effet, la surabondance de l’amour trinitaire est d’avoir voulu établir demeure dans le cœur des hommes : pas moins que cela. L’épisode bouleversant du coup de lance transperçant le cœur du crucifié et répandant l’eau et le sang du Fils de Dieu manifeste l’intensité de l’amour divin ; le témoin en a été tellement impressionné qu’il a rapporté ce fait avec emphase dans son évangile : le Cœur sacré déverse à profusion sur l’humanité les flots de sa miséricorde ; comme saint Jean, en méditant le mystère de la croix, nous prenons pleine conscience de la puissance infinie de l’amour de Dieu, et nous pouvons alors affirmer, avec saint Paul, que nous savons en qui nous avons mis notre confiance. Cette méditation entretient la confiance.

 

Sainte Gertrude vivait de la confiance en Dieu : se nourrissant de la liturgie, pétrie même de la liturgie comme de l’Écriture, elle était portée par l’amour de Dieu qui y transparaît constamment ; tâchons, à notre tour, de tirer profit spirituel de son office liturgique, en particulier de la collecte de ce jour qui rappelle que le Seigneur avait préparé dans le cœur de Gertrude une demeure de choix : iucundam mansionem, un abri où il prenait délices à converser avec elle en parfaite intimité. Mère Cécile en prenait acte pour inviter ses filles à laisser le Maître entrer pleinement en elles, afin qu’il n’y soit pas à l’étroit, mais bien à l’aise. Cela exige que notre cœur ne soit pas encombré de futilités humaines, ni même de soucis accablants ou de retours scrupuleux sur nos fautes. Notre profession monastique trouve son total et plein développement en cette absolue confiance en Dieu.

 

B

 

Si Dieu fait sa demeure en nous, nous sommes conviés, quant à nous, à pénétrer et à fixer notre demeure dans le cœur du Seigneur ; puisque nous avons été aimés à tel point que la Trinité daigne nous faire participer à sa nature divine en nous adoptant comme ses enfants, nous ne pouvons manquer d’exprimer, à notre tour, notre amour filial, de la façon la plus fervente possible ; puisque nous avons compris les dimensions infinies de l’amour divin, il est clair que nous voulons rester profondément enracinés dans cet amour ; Mère Cécile développe cette réalité spirituelle en disant que « tout le reste n’est qu’un développement de cet état admirable où l’homme intérieur vraiment adulte est conduit aux mystères dans lesquels s’est manifestée l’incompréhensible charité du Christ, afin d’être amené, en lui et par lui, à savourer la plénitude même de Dieu » (La vie et spirituelle et l’oraison, c. 2). Tout est dit, et cela nous engage à pratiquer la charité parfaite, et rien d’autre. Être enraciné, fixé dans l’amour ne peut se faire que si l’on fermement établi en Dieu même.

L’attitude ainsi préconisée par sainte Gertrude, qui est de se tourner constamment avec confiance vers le Seigneur, dit Dom Guéranger, est totalement bénédictine.

 

C

 

Puissions-nous donc suivre cet exemple avec simplicité de cœur et détermination de volonté ! Ainsi, Dieu vient établir sa demeure en nous et nous sommes conviés à habiter en lui, dans le Cœur transpercé du Christ. Cet échange des cœurs, vécu, de manière tout à fait spéciale et intense, par sainte Gertrude, est le but de toute vie monastique authentique, puisque, appelés à une véritable communion avec Dieu, nous pouvons y connaître les secrets de l’amour de Dieu. Le Seigneur a précisément présenté sainte Gertrude comme le héraut de l’amour divin. En pendant à elle, Dom Guéranger disait encore que la dévotion au Sacré-Cœur était d’abord bénédictine. Cette dévotion n’a rien de mièvre, ni de purement sentimental, mais elle découle d’une intime assimilation de l’âme à son Sauveur ; elle réalise ainsi sans conteste ce qu’expérimentait déjà saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20).

S’inspirant de saint Bernard, sainte Gertrude, qui vivait tout ceci à la perfection, décrit ainsi l’âme totalement donnée à Dieu :  « Quel privilège est accordé à ses mérites de posséder en soi la présence divine et d'être trouvée digne de l'accueillir et capable de la contenir, même d'être élargie aux dimensions où puisse se mouvoir son action majestueuse. Cette croissance en a fait le temple saint du Seigneur une croissance, dis-je, dans la mesure de la charité qui est la dimension de l'âme » (Héraut, l. 1, c.5, n. 1 ; cf. S. Bernard serm. 27  sur le cant., n. 10).

 

Chères sœurs, votre Mère Cécile vous disait : « sainte Gertrude a présidé à nos commencements, elle a voulu mettre la première pierre de l’édifice, aussi nous pouvons et nous devons compter sur elle » (conférence du 16 novembre 1898) ; elle soulignait également que, si sainte Scholastique était bien votre mère et vous inculquait la puissance de celle qui aime davantage, sainte Gertrude était votre modèle et votre patronne, à cause de la puissance de sa prière, puisque sa langue était la clef du ciel pour donner pluie ou beau temps selon les nécessités des récoltes, pour implorer les grâces divines selon les besoins de nos âmes. Qu’elle soit aussi, pour vos frères de Saint-Pierre, un exemple et un intercesseur ! Dom Guéranger, en effet, reconnaissait sa puissance : « Rendons-lui grâces de toutes les faveurs et communications que Notre-Seigneur a daigné lui faire. Il lui a révélé que toutes les fois qu’on lui demanderait une faveur au nom de sainte Gertrude, on l’obtiendrait : à plus forte raison exaucera-t-il nos prières si nous lui demandons les choses du salut. Présentons-nous donc à Notre-Seigneur, sa parole est engagée, nous serons exaucés promptement » (conférence du 16 novembre 1859). Que cet anniversaire familial soit, pour nos deux communautés, l’occasion de nous confier davantage à sainte Gertrude !

Mise à jour le Mercredi, 28 Décembre 2016 10:37
 

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