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Homélie de Monseigneur Yves Le Saux, évêque du Mans,

Fête du Christ-Roi

150 ans de l’Abbaye Sainte-Cécile

20 novembre 2016

 

Célébrer un anniversaire, 150 ans, ce n’est pas seulement se souvenir d’un évènement passé (cela n’a pas vraiment d’intérêt). Fêter un anniversaire, c’est en premier lieu, rendre grâce à Dieu pour l’œuvre qu’Il a accompli, l’œuvre qu’Il a accompli ici à Solesmes à travers la disponibilité de Dom Guéranger et de Mère Cécile Bruyère. Rendre grâce pour la fidélité du Seigneur malgré et à travers nos infidélités. Nous rendons grâce pour l’appel de Dieu sur toutes les sœurs qui vous ont précédées et sur vous-mêmes  aujourd’hui. Nous remercions le Seigneur pour le don qu’Il vous a fait en vous appelant à le suivre et pour le don qu’Il nous a fait à nous et à L’Eglise en vous appelant.

C’est aussi un temps pour vous remercier mes sœurs d’avoir répondu à l’appel du Seigneur.

 

Fêter un anniversaire, c’est aussi une manière de revenir au premier appel car nous avons besoin sans cesse de revenir au premier amour. J’ai dans ma mémoire les propos de l’ange qui s’adresse à l’Eglise d’Ephèse  dans le livre de l’Apocalypse « Je connais tes actions, ta peine, ta persévérance. Je sais que tu ne peux supporter els malfaisants. Tu ne manques pas de persévérance. Tu as tout supporté pour mon nom. Mais j’ai contre toi que ton premier Amour, tu l’as abandonné » (Ap 2,5). Mes sœurs, ne vous inquiétez pas, n’entendez pas cette situation comme un reproche ou un doute de l’évêque quand à votre attachement au Christ, mais comme une invitation à revenir sans cesse à la fraîcheur du premier amour, à l’appel de Dieu initial pour aller plus loin encore dans l’Amour.

 

 

 

 

 

Nous célébrons la fête du Christ-Roi de l’univers. Je ne sais pas ce que la notion de Royauté évoque pour nos contemporains et pour nous-mêmes. Mais il y a là une dimension importante à comprendre.

Chaque jour, en récitant la prière du Notre-Père, nous disons « Que ton Règne vienne ». Jésus à plusieurs reprises, évoque la venue du Royaume de Dieu. La fête de Noël nous présente Jésus comme le nouveau roi qui vient de naître. Les rois mages se prosternent devant lui, ce qui va provoquer la colère d’Hérode qui ne peut voir en lui qu’un concurrent.

L’Evangile de Saint-Jean, alors qus Jésus entre dans sa Passion, nous rapporte la question de Pilate : « Es-tu le Roi des Juifs ? » Jésus répond « Ma royauté n’est pas de ce monde. – Alors tu es roi ? – C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix ».

 

Oui, Jésus est roi, mais un roi qui n’est pas à l’image des rois et puissants de ce monde.

Il est roi en étant le bon berger qui connaît ses brebis et s’occupe d’elles, qui vient chercher celle qui est perdue, le bon berger que nous avons contemplé au long de cette année de la miséricorde qui se termine. Il devient roi en devenant le serviteur de tous. Lui, le maître est au milieu de nous comme celui qui sert. Il est roi et sa couronne est une couronne d’épines, son sceptre royal, un roseau, son vêtement de gloire, un manteau de pourpre dont on l’a revêtu pour se moquer de lui. Son trône, c’est la croix.

Sa puissance est de s’être fait vulnérable jusqu’à la mort. Sa grandeur, c’est de s’être fait petit.

 

 

C’est sur la croix que se manifeste la royauté du Christ. Souvent la croix pour nous, évoque immédiatement la souffrance et nous en avons peur. En réalité pour un chrétien, la croix est la manifestation de l’amour. Il nous a aimés jusqu’à l’extrême. Sur la croix, Jésus nous montre de manière lumineuse à quel extrême arrive l’Amour et la miséricorde du Père pour l’humanité. Dans le mystère de sa mort et sa résurrection, Jésus descend jusqu’au fond de notre humanité blessée pour la ramener à lui, pour l’élever à sa hauteur.

Il est la miséricorde plus forte que la violence et la méchanceté, plus fort que le mal et la mort. Sur la croix, s’opère le basculement de l’histoire de l’humanité. La croix devient une source d’où coulent les fleuves d’eau vive. La royauté du Christ est manifestée. Les portes du Royaume s’ouvrent.

 

Nous sommes invités aujourd’hui à tourner notre regard vers lui.

 

N’oublions jamais de quel roi nous sommes les serviteurs et le servitur n’est pas au-dessus de son Maître. Il doit se contenter d’être comme son Maître. Mes sœurs n’oubliez jamais de quel roi, vous êtes les épouses.

 

Il y a deux manières de regarder le Christ en croix, comme les deux malfaiteurs qui sont crucifiés avec lui. L’un n’est pas mieux que l’autre, mais leur regard sur le Christ est différent.

L’un regarde Jésus mais sans le voir, il regarde et s’adresse à Jésus mais en ne pensant qu’à lui-même. Il l’injurie : « Si tu es le Messie, sauve-toi toi-même et nous avec. » Si tu es Dieu, fais quelque chose pour moi.

L’autre regarde Jésus en le regardant vraiment. Il reconnaît l’innocence de Jésus et il reconnaît que lui n’est pas innocent. Il reconnaît sa faute : « Après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons mais lui, il n’a rien fait de mal. » Un seul regard en vérité, en reconnaissant sa propre misère et son péché. Un seul regard sur Jésus et le malfaiteur entre dans le Royaume de Dieu. « Aujourd’hui avec moi, tu seras dans le paradis.

Regarder Jésus, sans nous mentir en ayant le courage de la vérité et une confiance absolue en sa miséricorde.

 

 

Nous célébrons donc les 150 ans de votre fondation. Permettez-moi de relever quelques points qui m’apparaissent importants dans ce que j’ai compris de votre vocation ici à Solesmes.

 

Dom Guéranger a voulu revenir à la simplicité de la règle de Saint Benoît. Vous le savez, nous avons toujours tendance à compliquer les choses et à en rajouter.

Vivez la simplicité de la règle, nous devons toujours enlever ce qui est en trop, ce qui est inutile. En vivant la simplicité de la règle, laissez-vous simplifier le cœur. Je pense qu’avec le temps si nous ne cherchons que Dieu, nous nous simplifions ou plus exactement il nous simplifie. Je pense à une anecdote de la vie de Sainte Thérèse de Lisieux (désolé, elle n’est pas bénédictine). « Une bonne vieille mère comprit un jour ce que je ressentais. Elle me dit en riant, ma petite fille, il me semble que vous ne devez pas avoir grand-chose à dire à vos supérieurs – Pourquoi ma mère me dites-vous cela ? – Parce que votre âme est simple. Mais quand vous serez parfaite. Vous serez plus simple encore. » Plus on s’approche de Dieu, plus on se simplifie.

Revenez sans cesse à la simplicité de la relation à Dieu, de la relation avec vos sœurs et avec tous.

 

Votre vie monastique se caractérise par sa dimension sponsale. Vous êtes épouses du Christ. Il me semble que c’est ce que vous fondateurs ont voulu affirmer de manière forte en renouant avec l’antique tradition qui unissait le rite monastique celui de la consécration de la Vierge. La dimension d’épousailles de votre vocation est fondamentale. La vie monastique féminine a une capacité spéciale de réaliser la nuptialité du Christ. Votre vocation est d’être un signe exclusif de l’union de l’Eglise épouse avec le Christ épouse. Cela vous place au cœur du Mystère de l’Eglise.

Pour le dire plus simplement, nous avons besoin de voir et de sentir que vous êtes au Christ, rien qu’à lui, que vous aimez Jésus avec un cœur sans partage et aussi au nom même de ce mystère d’épousailles que vous aimez l’Eglise disposé à vous réjouir avec elle, à souffrir avec elle, à souffrir pour elle et j’espère pas trop d’elle. Vous avez à rendre présent quelque chose de la sainteté de l’Eglise.

 

Dom Guéranger et Mère Cécile Bruyère ont voulu que le monastère soit mis sous le patronage de Sainte-Cécile, vierge et martyre. Bien sûr, la figure de Sainte-Cécile évoque la louange de Dieu, mais elle est avant tout martyre. Et l’Eglise a toujours considéré le martyre comme une grâce éminente, la preuve suprême de la charité.

 

« A rendre ce témoignage suprême d’amour devant tous et surtout devant les persécuteurs, quelques-uns parmi les chrétiens ont été appelés depuis la première heure et d’autres y seront sans cesse appelés. C’est pourquoi le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant la mort pour le salut du monde et dans lequel il devient semblable à lui dans l’effusion de son sang, est considéré comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. Que si cela n’est donné qu’à un petit nombre, tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix au milieu des persécutions qui ne manquent jamais à l’Eglise. » (Concile Vatican II)

Votre vocation se situe dans la suite des martyrs. Et d’ailleurs, n’oubliez pas que dans votre histoire, vous avez été confrontées à une forme de persécution religieuse qui vous a conduit à vous exiler en Angleterre. Nous sommes aujourd’hui dans le temps des martyrs.

Le martyre s’inscrit dans votre vocation. Renoncer au monde jusqu’à renoncer à sa propre vie à cause de l’amour de Dieu.

 

 

Aujourd’hui, nous clôturons aussi l’année de la miséricorde. Les portes saintes sont fermées. Cela ne veut pas dire que le cœur miséricordieux du Seigneur se ferme. Le cœur du Christ reste ouvert pour toujours, son cœur est transpercé pour toujours. On ferme les portes du Jubilé pour que dans toutes nos communautés, les portes de la miséricorde s’ouvrent plus largement encore, pour que nos propres cœurs s’ouvrent plus encore, comme le cœur du Christ est transpercé, que nos propres cœurs soient eux aussi transpercés pour toujours.

 

 

 

X Yves Le Saux

Evêque du Mans

 

Mise à jour le Mercredi, 28 Décembre 2016 10:33
 

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