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Homélie de Monseigneur Yves Le Saux

Abbaye Sainte-Cécile

Fête des saints Innocents, 28 décembre 2012


 

 

 

 

Nous célébrons aujourd’hui les Saints Innocents. Cette fête n’est pas si facile à saisir. Comment, dans la lumière de Noël, alors que nous sommes émerveillés par la beauté de Dieu qui se fait enfant, peut surgir une telle violence ? Cet enfant dans la crèche est, par la méchanceté des hommes, la cause du massacre d’enfants innocents. Quelle douleur pour Jésus lui-même, mais aussi pour Marie et Joseph.

 

Quelques réflexions à la lumière de cette fête.

 

Il s’agit d’abord d’un conflit, si je puis m’exprimer ainsi, entre le roi Hérode et Jésus, le nouveau roi qui vient de naître. Hérode a peur de perdre son pouvoir. Il ne peut voir en cet enfant qu’un concurrent.

Car Jésus est roi. Mais, il ne s’agit pas du même type de royauté. Cela nous renvoie à la question que Pilate posera plus tard à Jésus. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi qui dit que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18, 33-37)

Oui, Jésus est roi, mais il ne s’agit pas de la même manière de régner. Son trône est ici une mangeoire, car déjà, il est celui qui se donnera en nourriture pour que nous ayons la vie éternelle. Plus tard, son trône sera la croix. Son sceptre royal est un roseau. Son vêtement de gloire, un manteau de pourpre dont on l’aura revêtu pour se moquer de lui. Sa couronne, une couronne d’épine.

La grandeur de Dieu est de s’être fait petit. La puissance de Dieu est de s’être fait fragile et vulnérable. Dieu s’est fait petit, et pour le rencontrer, il nous faut nous-mêmes nous faire petit. Descendre de nos trônes élevés et apprendre à être des enfants. Ce que refuse de faire Hérode. Il a peur de perdre sa gloire et son pouvoir.

Nous-mêmes, nous ne sommes sans doute pas comparables à Hérode. Mais, nous pouvons avoir des fonctions, des services où nous exerçons un certain pouvoir, où nous bénéficions d’un certain prestige. Nous pouvons être tentés de nous attacher à tout cela. Nous avons peur de perdre quelque chose. Sommes-nous disposés à nous laisser dépouiller, à nous mettre à l’école de l’humilité de Dieu ? Que l’humilité de Dieu nous guérisse de nos prétentions.

Nous avons à participer à la royauté du Christ, à participer à la transformation du monde. Mais de quelle manière ? Nous pouvons penser : « vous allez voir ce que vous allez voir. On va réussir là où d’autres sont incapables de réussir. » En réalité, il n’y a pas d’autre manière de réussir que celle du Christ.

Pour illustrer mon propos. J’ai passé quelques semaines à Rome pour participer au Synode. J’ai été bouleversé par la sobriété, l’humilité, la fragilité même qui émanent du St Père. Je me suis dit qu’il a raison. Le seul chemin est celui de la crèche, celui de la croix. « Ce qu’il y a de fou dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages. Ce qu’il y a de faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts. » (1 Cor 1, 27)

Il ne reste plus rien du royaume d’Hérode. Il a voulu mettre à mort celui qui est la vie, et la vie a vaincu la mort.

Ces enfants sont des martyrs. Ils meurent pour le Christ et ne le savent même pas. Ils ne parlent pas encore, et déjà ils confessent le Christ. Leurs corps sont encore incapables d’engager le combat et déjà ils remportent les palmes de la victoire. Le don total d’eux-mêmes n’est pas le fruit de leur mérite, ni de leurs efforts.

Il en va de la même manière pour nous. Le don total de nous-mêmes est un don de la grâce de Dieu. Nous voulons tous suivre Jésus radicalement (enfin, je le suppose), puisque nous sommes là.

Cela est très bien, mais cela est très marqué par nous-mêmes. Nous pensons que nous avons à nous donner, et que petit à petit nous allons y arriver. En réalité, nous nous apercevons un jour que nous n’avons pas donné grand-chose et que nous n’y arrivons pas vraiment. Avec la tentation de nous décourager ou de laisser filer les choses.

En réalité, il s’agit de laisser Dieu faire. Ou plus exactement, de nous laisser saisir par lui.

En voyant les martyrs, il y a ceux et celles qui pensent : « je vais faire comme eux, je vais tout donner. D’ailleurs, j’y suis presque. » Ces personnes se trompent. Ils en sont incapables. Il y a ceux et celles qui pensent : » C’est très beau, mais j’ai peur. J’en suis incapable. Je n’y arriverai jamais, et donc ce n’est même pas la peine de commencer. » Là encore, ils se trompent. (Qui vous a demandé de réussir ?) Il s’agit d’être disponible au don de Dieu.

Nous sommes tous invités à participer à la passion du Christ selon des modalités que Dieu seul connaît. On ne choisit pas son martyr. On le reçoit comme une grâce. Communier à la passion du Christ. Il s’agit d’aimer comme lui, de nous laisser entraîner et saisir par son amour.

 

 

 

+ Yves Le Saux

Evêque du Mans

Mise à jour le Dimanche, 12 Mai 2013 10:03
 

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