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Annonciation 2012
Homélie du Très Révérend Père Dom Philippe Dupont
Profession solennelle de Sœur Marie-Bénédicte Bernège
« Je te salue, comblée de grâce. Le Seigneur est avec toi ».
Permettez-moi de vous adresser, à vous également, ces paroles que l'ange Gabriel a prononcées devant la Vierge de Nazareth pour lui annoncer la grande nouvelle de l'Incarnation et lui demander, au nom de Dieu, le consentement de sa collaboration. Aujourd'hui, Dieu vous fait aussi une demande singulière, celle de vous livrer entièrement à lui pour vous mettre au service de son Royaume, de manière très discrète, dans le silence du monastère, un peu comme Notre Dame, mais avec une fécondité qui dépasser certainement notre entendement.
La grâce était nécessaire à la Vierge pour pouvoir accueillir le message extraordinaire qui était soumis à son consentement. La grâce avait déjà accompli un travail immense dans son cœur ; elle a été prévenante et l’a préparée à sa future mission en lui accordant le privilège de l’Immaculée Conception ; elle sera encore concomitante pour lui souffler de prononcer en toute liberté son fiat lorsqu’elle devra donner son consentement ; elle sera subséquente, tout au long de sa vie, pour l’aider à remplir sereinement et efficacement cette mission de la maternité divine et ses conséquences, qui surpassent ses forces humaines. Cette grâce ne vous manque pas non plus ; depuis longtemps, elle vous a préparée à ce grand jour, sans doute par des chemins peu ordinaires et dont vous n'imaginiez pas l'issue ; elle vous a portée au long de vos années de noviciat pour vous conduire jusqu'à ce jour ; vous pouvez être assurée qu'elle continuera de vous inspirer, de vous guider et de vous soutenir pour vous aider à demeurer fidèle à vos engagements et à remplir la mission qui sera la vôtre et que vous ne connaissez pas plus que Marie ne devinait la sienne au soir de l'Annonciation. Nous comprenons que la Vierge ait été troublée en constatant la présence d’un ange et en entendant son message inouï, mais elle a vite été rassurée en apprenant que l’Incarnation se réalisera par la puissance du Très-Haut et l’œuvre de l’Esprit Saint. Elle constate très concrètement que tout ceci vient de Dieu et est son œuvre, comme elle sent la force de la grâce. Toute la vie de Notre Dame sera soutenue par cette présence et cette action de la grâce divine, qui ne fait jamais défaut à qui la demande et l’accueille. Par conséquent, Marie est, pour vous, un modèle parfait ; vous ne pouvez douter de la possibilité de remplir la vocation et la mission qui vous sont données maintenant ; si, par malheur, un jour le doute venait s'insinuer dans votre cœur, vous laissant penser que vous ne seriez trop faible pour accomplir la volonté du Seigneur sur vous, demandez à la Vierge de vous apprendre à faire totale confiance en la puissance de la grâce.
L'ange donne un signe à la Vierge, qui ne l’avait pas demandé : celui de la grossesse d’une vieille cousine stérile, mais il n’ajoute même pas que l’enfant qui va naître aura un rôle de premier plan, qu’il sera plus qu’un prophète, le précurseur du Messie qu’elle-même va mettre au monde. Ce signe certifie que rien n’est impossible à Dieu, ce que savait bien Marie, puisqu’elle avait longuement et attentivement lu et médité l’Écriture. Ce signe est aussi celui d’un renouveau de vie attesté par la fécondité inattendue d’une femme âgée. Marie en conçoit une joie secrète qui lui fait donner son consentement sans hésiter un instant. Elle s’offre ainsi à l’action de l’Esprit Saint, qui lui a été promis. À vous, comme à nous tous, Dieu donne le signe du mystère de l'Incarnation, de la venue parmi nous de son Fils, de sa présence continuelle parmi nous, comme il s’y est engagé ; vous n’avez donc rien à craindre : le Seigneur est avec vous, vous pouvez être assurée de son soutien et de son action. Ainsi, il vous est facile, à votre tour, de donner votre consentement avec pleine confiance.
En prononçant son fiat, Marie se présente tout entière devant Dieu, comme une servante devant son maître, pour qu’il fasse en elle son bon plaisir ; elle accepte que tout se passe selon la parole annoncée, même si cela pourrait la conduire, et la conduira effectivement, par des chemins qu’elle n’aurait pas imaginés ni peut-être souhaités, elle s’abandonne totalement, elle renonce même à sa volonté propre en se présentant non pas à la première personne, mais comme la servante du Seigneur. La parole de Dieu peut maintenant commencer son œuvre, sa course victorieuse, pour reprendre un mot de saint Paul : « Frères, priez pour nous, demandant que la parole du Seigneur accomplisse sa course et soit glorifiée, comme elle le fait chez vous » (2 Th.3, 1), La Parole sort alors des splendeurs célestes pour s’incarner dans le sein de Marie : « Omnipotens Sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus veniet ». Cette Parole de Dieu, que vous avez apprise à connaître, à lire, à méditer, à ruminer dans votre lectio divina, ne cesse de s'incarner dans votre cœur ; votre suscipe, uni au fiat de Notre Dame, laisse cette Parole opérer des merveilles en vous et, par vous, de manière très discrète pour vous éviter tout orgueil, dans l'Église et dans le monde. Souvenez-vous de ce que Dieu nous dit en Isaïe (55, 10-11) : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'ai voulu et réalisé l'objet de sa mission ».
Au jour de l'Annonciation, les temps nouveaux sont commencés, l’ère de l’Incarnation rédemptrice est ouverte et le temps de l’histoire des hommes désormais sera compté à partir de cet instant rénovateur : cette histoire tire toute sa signification de ce jour, mais trop peu de gens y font attention. Au jour de votre profession solennelle, une voie nouvelle s'ouvre devant vous, tracée par la grâce de Dieu, une vie nouvelle vous est donnée, entretenue par l'action de l'Esprit Saint vivificateur, une oblation nouvelle vous est demandée, soutenue par l'abandon parfait de Notre Dame. Demandez-lui, et demandons-le-lui avec vous, de garder toujours vive en vous la conscience de l’importance primordiale de cette annonciation qui a bouleversé le cours de nos vies de pécheurs et nous a rendu l’amitié avec Dieu ; demandons-lui aussi de maintenir aiguisé votre regard pour qu’il distingue la présence de Dieu et vous entraîne à le louer constamment.
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